28/11/2014

Témoignage de William Raccah

William Raccah

Je suis né en Tunisie au sein d’une famille juive séfarade. Les Juifs de Tunisie ont eu à subir les pressions de l’église officielle d’une part et d’un islam conquérant d’autre part. Malheureusement, beaucoup de Juifs se sont vus obligés de se convertir à l’Islam et sont encore musulmans aujourd’hui. D’autres ont préféré la mort au reniement. D’autres encore ont pu survivre et prospérer en tant que juifs au milieu de l’adversité.

Ma famille descend de ces survivants qui ont su, contre vents et marées, rester fidèles à la religion de leurs ancêtres. Mes deux grands-pères étaient des rabbins érudits, désireux de transmettre leur soif d’apprendre aux générations suivantes. Cependant, mon père ne devint pas rabbin : il tenait son propre commerce et son remarquable talent lui assurait un bon revenu, tandis que ma mère, elle, devint juriste et fut une des très rares femmes de son époque à réaliser une telle prouesse.
Lors de la période de l’instabilité politique des années 1940-1950, mes parents vinrent s’établir à Paris et commencèrent une vie nouvelle avec ma sœur et moi-même. Les débuts dans la capitale française furent difficiles. Nous habitions dans un appartement de deux pièces sans confort. Mes journées étaient partagées entre l’école du quartier et l’école hébraïque. Les juifs Nord-Africains qui formaient une communauté prospère se languissaient à la fois du passé et de l’avenir : pris entre deux mondes, ils créèrent le leur. Leur musique, leur langage, leur nourriture et leurs manières n’étaient que réminiscences du passé. Quand j’eus 11 ans, ma famille déménagea en banlieue.

Pour la première fois de notre vie, nous n’étions plus parmi des gens qui parlaient, s’habillaient et cuisinaient comme nous. Nous étions confrontés aux Goyim et cernés par eux. C’est alors que je commençai à me demander qui j’étais vraiment. C’est ainsi qu’à 15 ans, contre la volonté de mes parents, je partis en auto-stop dans le sud de la France. Puis, l’année suivante je signais pour un séjour de 2 mois en Israël avec Hashomer Hatsaïr – une organisation juive de tendance communiste qui contribuait à la fondation de Kibboutz en Israël.
Ce fut une expérience incroyable. Je découvris une autre aspect de la vie et de la culture juive. Des gens affirmaient leur judéité autrement que par la prière et leur présence à la synagogue. Comment pourrais-je vivre désormais comme si notre manière de vivre à la maison était la seule façon d’exprimer notre
héritage ?

Qui étais-je réellement ? Un juif, de naissance tunisienne et d’éducation française cherchant son identité. Devais-je accepter la culture de mes parents comme le seul havre de sécurité ou devais-je m’intégrer dans la culture française comme de nombreux Juifs, et devenir simplement un juif de nom ? Après réflexion, il me sembla que c’était probablement Israël le meilleur endroit pour découvrir ce que signifie être juif.
La guerre de Yom Kippour venait de commence lorsque je partis, avec une poignée d’autres jeunes Juifs français, pour une période de 6 mois en Israël. Dans le Kibboutz où nous emménageâmes il y avait des jeunes gens venus des Etats-Unis, d’Afrique du Sud, du Canada, de la Suède, de la Russie, de l’Australie et d’Argentine. Les premières semaines, nous parlions plus avec les mains qu’autrement (nous français étions particulièrement doués pour cela!). C’est là que commence réellement mon histoire !
Alors que nous mangions dans la salle commune, je ne pus m’empêcher de remarquer une jeune fille qui, avant chaque repas, fixait son assiette un petit moment avant de manger. Dans un premier temps, je pensai qu’il y avait quelque chose d’anormal avec la nourriture. Finalement, je résolus de le lui demander : il fallait que je sache pourquoi ! Judy m’expliqua qu’il n’y avait absolument rien d’anormal avec la nourriture. Non, en fait, ce que je considérais comme un regard fixe était un simple recueillement pour rendre grâce à D.ieu pour cette nourriture. Mais qu’est-ce que cela voulait dire ? J’étais dans un kibboutz laïc au milieu de Juifs laïcs venus du monde entier et cette fille priait avant de manger !
Son histoire était pourtant simple : elle était chrétienne et venait juste de terminer l’école biblique au Canada. Avec trois amis, elle faisait un séjour en Israël pour découvrir le pays qu’ils avaient étudié pendant les trois années précédentes. La guerre ne leur avait pas permis de voyager ensemble et ils avaient été placés dans des kibboutz différents. Ainsi, elle était là, parmi tous ces Juifs, conservant malgré tout quelques rituels simples provenant de sa foi. Je la questionnai sur son système de croyances, mais il devint vite évident que nous ne parlions pas le même langage. Tandis qu’elle essayait de m’expliquer certaines choses en se basant sur la Bible, je ne pouvais me référer qu’au Talmud. Finalement, elle me conseilla de m’acheter une Bible, de préférence en français pour que je comprenne, et de commencer à la lire.

Bien décidé à ne pas perdre la face, je pris le car pour Haïfa et me mis en quête d’une Bible en français, complète avec le Nouveau Testament. Pendant le retour vers le kibboutz, je commençai à feuilleter le livre. Tous les noms et les passages qu’elle avait mentionnés s’y retrouvaient. Ne voulant rien en perdre, je commençai par le livre de la Genèse, chapitre 1, verset 1. Je fus tellement transporté par le texte que je lisais en français pour la première fois de ma vie, que j’en manquai presque l’arrêt. Plus je lisais, plus je me posais des questions. Plus je me posais des questions et plus j’obtenais des réponses satisfaisantes. Les réponses me rendaient encore plus avide de lire. J’observai que les Ecritures parlaient d’Abraham, de Moïse et de David comme étant en relation avec D.ieu par l’intermédiaire d’autres agents surnaturels. Je fus surpris et même saisi. Ceci provoqua un déclic : ainsi moi, jeune juif tunisien, étais parfaitement en mesure de communiquer avec mon D.ieu, et même d’avoir une relation personnelle avec lui. D’autre part, l’image que j’avais de Yeshoua, le « Gentil », était déformée. Je n’avais jamais ouvert le Nouveau Testament. Au fil des pages, je découvris un professeur bien différent de celui que m’avaient décrit mes parents et les rabbins. Je vis un Yeshoua qui aimait le peuple Juif. Je reconnus en Lui un rabbi qui disait la vérité. Il parlait dans un contexte que tout Juif pouvait comprendre, d’une manière qui me frappait. Je le félicitais à chaque récit des Evangiles. Il était un héros – le perdant, mais jamais le vaincu. Je me pris de sympathie pour Lui.

Arrivé à ce point dans mon étude de la Bible et incapable de réfuter l’évidence en ce qui concerne Yeshoua, je déclarai à Judy que j’étais prêt à devenir croyant en Yeshoua le Mashiah. Sa réponse me stupéfia : « Whoa ! Pas si vite ! Entre penser qu’on est prêt et l’être réellement, me prévint-elle il y a un monde de différence ».
Judy voulais que je sois bien sûr de ce que je faisais. Elle ne voulait pas que je me décide au gré d’une vague émotion, sur l’expérience d’un instant. Elle devinait aussi quelle serait la réaction de ma famille juive tunisienne devant ma foi et savait que je devrais être capable de résister à la pression.
Avec une vigueur renouvelée, je m’attaquais de nouveau au texte biblique. Après quelques semaines supplémentaires passées à lire et à poser des questions, je déclarai enfin que j’étais persuadé que Yeshoua était le Mashiah et que je me considérais moi-même comme un de ses disciples. Je n’eus pas besoin de cérémonie ou de révélation particulière, mais d’une foi simple – d’avais l’assurance d’appartenir à Celui qui était mort afin que je puisse avoir la vie éternelle.

Cependant, croire en Yeshoua en Israël au début des années 70 n’était pas facile. Je ne savais vers qui me tourner pour recevoir soutien et nourriture, par conséquent je décidai de retourner en France. Mais à Paris mes parents réagirent assez mal à mon nouvel engagement. Selon eux, je les avais trahis, j’avais tourné le dos aux espoirs et aux aspirations qu’ils avaient fondés sur moi. Afin de grandir dans ma foi, il me fallait un nouveau départ.
Me souvenant que mon guide venait du Canada, je décidai de prendre ce nouveau départ de là-bas. Sa famille m’accueillit volontiers et Judy et moi nous sommes mariés en 1976.
J’aurais tant aimé que mes parents soient présents. Ils ont cessé de me parler après que je sois devenu disciple de Yeshoua-Mashiah. Malgré mes lettres, ils refusèrent de communiquer avec moi, de quelque façon que ce soit, pendant 11 ans. Ce n’est que lorsque mes enfants sont nés qu’ils ont bien voulu renouer le contact, et j’en suis reconnaissant.

Depuis que j’ai donné ma vie à Yeshoua, je n’ai jamais regardé en arrière. Je suis en train de finir ma thèse d’éthique de l’Ancien Testament et j’enseigne en Université dans la province d’Ontario.
J’ai voyagé de Tunisie jusqu’à Paris, puis en Israël et au Canada mais le plus important pour moi est d’être arrivé à Yeshoua (Yechoua) en qui j’ai trouvé les réponses aux questions essentielles de la vie.

William Raccah
Professeur d’université au Canada.
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19:58 Écrit par A cause de Sion, je ne me tairais pas. A cause de Yeroushala dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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